Au pays de Lambert

14 avril 2013

De retour dans les bacs (to the future) :

Pocket a la bonne idée de rééditer "Le dos au mur" (paru à l'origine chez Intervista), chasse à l'homme mâtinée de télé-réalité écrite avant "Hunger Games"... mais après "Le prix du danger", "Battle Royale", "Running Man", "Marche ou crève", etc. !

dos au mur

 

 

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27 mars 2013

LES IDES DE MARS

 

 

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Il y a un an sortait sur nos écrans le long-métrage « John Carter », adapté du roman d’E. R. Burroughs « La princesse de Mars ». J’avais à l’époque trouvé le film fort sympathique... Cependant, à mes yeux, plusieurs points faibles l’empêchaient de basculer pour de bon dans la catégorie « enthousiasmant » :

-          Un couple de héros peu charismatiques semblant sortir des séries télé « Xéna la guerrière » ou « Hercule ».

-          Une introduction à tiroirs laborieuse (en particulier le prologue martien truffé de noms barbares).

-          Une impression globale de déjà vu, comme si on nous rejouait « Avatar » et « L’attaque des clones » dans les costumes de « Prince of Persia ».

-          Une sous-intrigue (avec des espèces de demi-dieux chauves) pour le moins confuse.

Ces défauts étaient certes gênants mais, même mis bout à bout, ils ne suffisaient pas à expliquer l’échec commercial cuisant de ce blockbuster à mon avis très supérieur à « Stargate », par exemple.

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Si vous désirez comprendre comment les choses ont mal tourné, je vous recommande vivement la lecture de « John Carter and the Gods of Hollywood », par Michael D. Sellers. L’auteur revient d’abord aux sources de l’histoire, c'est-à-dire le cycle martien de Burroughs. Il nous relate comment ces romans fondateurs ont influencé une bonne partie de la production SF du siècle dernier (d’où l’impression de déjà vu, Burroughs ayant été abondamment pillé par Lucas, Cameron, etc.) puis, dans un deuxième temps, il décortique les erreurs de marketing qui ont conduit cette production Disney au fiasco. La démonstration est à la fois fascinante et effrayante, comme si on assistait en direct au naufrage annoncé du Titanic. Dans les derniers chapitres, Sellers essaient de démontrer par A+B que d’éventuelles suites seraient viables économiquement. Utopie martienne s’il en est, car les dieux d’Hollywood sont cruels, et surtout pragmatiques : maintenant que Disney a mis le grappin sur « Star Wars » (franchise autrement plus « bankable »), les chances pour que de nouveaux « John Carter » se concrétisent dans le futur avoisinent celles de voir un jour un remake du « Trou noir » mis en chantier !

Pour ceux qui auraient boudé le space-opera d’Andrew Stanton à sa sortie, donnez-lui donc une seconde chance. Je l’ai revu deux fois et, chose rare, il fait partie de ces films qui gagnent en richesse à chaque nouveau visionnage. Le parfait équilibre entre action, humour (« Virginie !!! », le « chien » Woola…) et émotion, la partition tantôt épique, tantôt mélancolique, toujours grandiose, de Michael Giacchino mais aussi, et surtout, le parti-pris du romantisme qui se dégage de l’ensemble sont quelques uns des éléments qui expliquent pourquoi cette grosse production se bonifie en vieillissant !

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14 mars 2013

LE RETOUR DU ROI

22/11/63 de Stephen King (chez Albin Michel)

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King est de retour. « Enfin » oserais-je dire car, personnellement, je commençais à désespérer de retrouver un jour l’auteur qui, il y a bien longtemps, m’avait donné envie de lire (voire même d’écrire) des romans. « Ça » (les deux œuvres sont directement liées par un savoureux caméo) avait clôturé en beauté une première moitié de carrière brillantissime. Il aura donc fallu attendre un quart de siècle pour découvrir ce second opus magnum, un gros livre de plus de 900 pages. Le pitch est simple : Jake Epping, un homme de 2011 remonte dans le temps (CAD en 1958) pour empêcher l’assassinat de Kennedy. Et si c’est bien la « carotte Kennedy » qui nous fait tourner les pages, ce qui, au final, nous fait aimer le livre se trouve ailleurs, quelque part dans cette faculté typiquement Kingesque de faire vibrer en nous une corde sensible, même si on n’a pas connu l’Amérique des années 50, même si on n’a pas grandi en écoutant Jerry Lee Lewis ou emmené sa copine au drive-in du coin. C’est sans doute ça, être universel. Car tout est bien là : les sons, les odeurs, les sensations… Un autre monde, un monde qui semble plus « authentique » que celui du temps présent, moins frelaté. La bière y a meilleur goût, de la même manière qu’une pomme croquée par Jack Sawyer dans les Territoires avait une saveur plus prononcée que « chez nous ». Un monde perdu. D’ailleurs, le roman pourrait s’intituler « Cœurs perdus en Atlantide » ; une jolie « harmonique » pour reprendre l’expression de l’auteur (CAD, chez King, deux évènements passés qui s’accordent, se font écho). L’Amérique des fifties n’est pas cependant idéalisée béatement par l’écrivain, qui ne se prive pas de fustiger le racisme ordinaire, l’intolérance ou la bigoterie de l’époque.

On pense à Simon Morlay, bien sûr. Le voyage dans le temps s’effectue sans machinerie compliquée. Avec en prime, une magnifique idée : le passé est tenace. Plus vous cherchez à modifier un évènement important, plus des embûches conséquentes viennent éclore en travers de votre route. Le dernier quart du roman est, à ce titre, un véritable feu d’artifices qui joue délicieusement avec nos nerfs. J’ai aussi, pour ma part, beaucoup pensé à la série « Code Quantum », l’histoire de cet ange gardien qui parcourait la même époque que Jake Epping en essayant de « réparer les erreurs du passé ». On notera que l’hologramme qui accompagnait le héros de la série s’appelait Al, tout comme le personnage qui initie le héros de King aux « joies » du voyage temporel. Encore une « harmonique » ? On notera également qu’un (double) épisode de cette série était consacré à Lee Harvey Oswald, postulat excitant mais au final moins marquant que d’autres scripts aux enjeux plus intimes, comme par exemple celui où Sam Beckett (!) essaie d’empêcher son frère de partir au Viet Nam. King l’a bien compris. Oswald est le muscle de son histoire, mais pas le cœur. Passé un long galop d’essai où Jake Epping teste des changements mineurs à l’échelle de l’Histoire, l’auteur met en place une très jolie romance. Et ouais ! On n’a trop tendance à oublier que le spécialiste de l’horreur, du gore et du fantastique, sait aussi manier la délicatesse des sentiments avec plus de finesse que nombre d’écrivains dont c’est pourtant le fond de commerce.

Un gros roman, donc. Mais aussi et surtout, un grand roman !

 

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05 mars 2013

Ils sont sortis !

wakfuWAKFU en roman, donc...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est ma nouvelle collaboration avec les éditions Bayard, après les séries CARTOUCHE et RAHAN.

Sauf que, là, il ne s'agit de "simples" novélisations (adaptations de scripts en romans) mais bien d'aventures inédites conçues comme un mini-cycle à l'intérieur de la saison 1 du dessin-animé (entre les épisodes 13 et 14 pour être plus précis), excellente production française que je ne saurais trop vous recommander si vous ne la connaissez pas déjà.

J'ai eu beaucoup de plaisir à faire vivre les personnages de la Confrérie du Tofu dans ces pages. Humour et action sont au rendez-vous.

Je viens de finir la version 1 du tome 4 (six au total sont prévus) ; j'attends les retours de mon éditrice, Agnès Massot, ainsi que du service "background" de chez Ankama, chargé de veiller à la cohérence de l'ensemble (l'univers de Wakfu est une tapisserie vaste et complexe)

 

J'ai en outre la joie de vous annoncer que "Swing à Berlin" a reçu le prix 2013 de la Nouvelle Revue Pédagogique.

Une nouvelle série en projet avec Bayard se profile. Je vous en reparlerai ultérieurement.

"Le dos au mur" ressort en poche, chez Pocket, début avril.

Je termine le thriller d'anticipation co-écrit avec Sam VanSteen (aka ma comparse de "la fille de mes rêves")... Le sort de certains personnages principaux est encore en suspens. Délicieuse incertitude. Un auteur est (parfois) un dieu sadique...

Et il se pourrait bien que je compile très bientôt mes élucubrations concernant l'art de structurer les histoires chez un grand éditeur de SF/Fantasy (j'attends le contrat). De cela aussi, nous reparlerons, of course.

 

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30 janvier 2013

VU

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Pas mal de films intéressants, voire excellents, ces derniers temps : L’odyssée de Pi, Jack Reacher, The master, Django unchained… Et maintenant « Zero dark thirthy », de Kathryn Bigelow. Après s’être laissé damer le pion par les séries télé, bien plus inventives et réjouissantes ces dernières années, le cinéma US serait-il en train de reprendre du poil de la bête ?

ZDT se démarque en effet rapidement de séries telles que « Homeland » ou « 24 » par son traitement distancié. C’est un peu la méthode « Les hommes du président » (Alan J. Pakula, 1976) ou, dans une moindre mesure, « Zodiac » (David Fincher, 2007)  appliquée à la lutte anti-terroriste. Le focus est réglé sur l’investigation et rien d’autre, kaléidoscope de bonnes pistes, fausses pistes, écoutes, pseudos, marchandages, interrogatoires… Ces derniers ont fait couler beaucoup d’encre et pourtant, le moins qu’on puisse dire, c’est que la réalisatrice ne se mouille pas : elle montre, c’est tout. Les personnages ont un boulot à faire et ils le font. Idem pour le commando qui part en mission, à la fin : des espèces de supers plombiers qui iraient déboucher un gros réseau de canalisations. Des pros. Au spectateur de se positionner. Il n’y a pas de personnage « Jiminy Cricket » qui servirait de conscience morale à l’héroïne. Celle-ci est d’ailleurs très peu « charactérisée ». Pas besoin d’avoir recours à une ficelle telle que la schizophrénie ou un quelconque trauma d’enfance pour la faire exister. Aucun contre-champ sur l’adversaire, l’autre. Le point de vue est unilatéral, parti-pris qui, poussé jusqu’au bout de sa logique peut s’avérer d’une certaine manière anti-dramatique : l’héroïne sera simple spectatrice de la résolution, absente de l’action. Kassovitz s’était heurté au même problème dans « L’ordre et la morale », film où son personnage manquait une bonne partie de la confrontation finale, nous frustrant du même coup (au contraire d’un James Stewart qui s’arrachait à sa passivité forcée pour participer au climax de « Fenêtre sur cour »). Il n’en reste pas moins que l’assaut nocturne, filmé en temps réel, est redoutablement efficace. Mais froid, glaçant. À croire que l’angle du « docu-fiction » est le seul possible pour retranscrire des évènements pas encore digérés car trop récents (voir le formidable « Vol United 93 » de Paul Greengrass). Reste maintenant à écrire et fimer l’autre versant de l’histoire. À quand un film sur les derniers jours de Ben Laden qui serait l’équivalent de « La chute » (Olivier Hirshbiegel, 2004) ?

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21 décembre 2012

News en vrac...

"Swing à Berlin" est en compétition dans les prix suivants :

- Prix du salon du livre de Gien

- Prix AlTerre Ado

- Prix des lecteurs collégiens de Gironde

- Prix des Dévoreurs

- Prix Garin des collèges

- Prix littéraire du Giennois

- Prix de la Nouvelle Revue Pédagogique 2013

- Prix des collégiens de l'Hérault

Le premier tirage (6000 exemplaires) étant bientôt épuisé, le roman sera réimprimé en 2013 et pourrait s'inscrire (je cite les autorités compétentes) "dans le catalogue de fond de Bayard".

Et puis il y a les corrections du fameux "Aucun homme n'est une île" qui devraient commencer en janvier...

Et puis il y a un projet top-secret-de-la-mort très réjouissant, including Bayard et la société de production Ankama, qui ne devrait plus l'être (secret) très longtemps.

Et puis il y a un nouveau thriller SF jeunesse en cours de rédaction avec ma co-auteure de "La fille de mes rêves", Sam Van Steen. Titre de travail : "La mort en héritage" !

Et puis il y a un projet que je croyais sur la touche qui finalement intéresse une éditrice de chez Bayard...

To be continued...

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12 décembre 2012

A TASTE FROM THINGS TO COME

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1961. L'opération "Baie des cochons" a réussi. Castro et Guevara sont traqués dans les montagnes cubaines. Hemingway essaie de retrouver une seconde jeunesse en jouant les correspondants de guerre, comme au bon vieux temps. Robert Stone, un agent de la CIA, est chargé de veiller sur la vedette en se faisant passer pour un photographe. Ambiance :

"Hemingway ne cilla pas.

- Vous allez me coller comme ça tout le temps ? questionna-t-il.

- C’est le deal. Si vous faites cavalier seul, le secrétariat d’état vous retire votre accréditation illico.

Hemingway railla :

- « Notre agent à la Havane », hein, c’est ça ?

- Qu’est-ce que vous entendez par là ?

- Vous n’avez jamais lu Graham Greene ?

- Non.

- Vous n’avez pas lu grand-chose, on dirait.

- Je n’en ai pas souvent le temps.

Hemingway regarda Robert Stone droit dans les yeux :

- Vous jouez les durs mais est-ce que vous êtes un dur ?

- Un dur ? Je ne sais pas ce que ça veut dire.

- Je pense que vous le savez très bien, au contraire. Nous allons rencontrer des gens sérieux, des gens qui ne plaisantent pas.

- Sans blague… Quel est le programme ?

- Je vous le communiquerai en temps voulu.

- C’est-à-dire ?

- C’est-à-dire bientôt.

Hemingway écrasa sa cigarette.

- Bonsoir Mr Hooper. Profitez de La Havane… Ces nuits cubaines, il n’y a pas plus grisant.

- Joueurs de congas et danseuses en bikini, c’est pas trop mon truc, dit Robert Stone.

- Pourquoi, vous êtes un maricón ?

- Un quoi ?

- Laissez tomber…

Hemingway poussa la porte du Floridita et entra.

Robert Stone écrasa sa cigarette à son tour. « Tachez de lui faire bonne impression » avait dit Cartwright. C’était raté."

 

"Aucun homme n'est une île" sortira dans quelques mois chez J'ai Lu, dans la collection "Nouveaux Millénaires".

 

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10 décembre 2012

L'âme de fond

THE IMPOSSIBLE, de Juan Antonio Bayona

impossible

Une famille idéale prend quelques jours de vacances dans un paysage idéal, et soudain (au bout d’une dizaine de minutes), l’impensable arrive sous la forme d’une vague géante qui balaie tout sur son passage. La séquence est d’un réalisme hallucinant et se hisse aussitôt au rang de mètre étalon, devenant au film catastrophe ce que le D-day de Spielberg a été pour le film de guerre : un nouveau standard, ni plus ni moins. Il serait cependant réducteur de circonscrire « The impossible » au seul domaine du film catastrophe car il en évite (au moins durant sa première moitié) tous les poncifs. Ainsi, l’acte d’exposition ne cherche pas à tresser d’artificiels conflits entre les personnages. Le couple n’est pas brouillé et ne va pas se réconcilier « sur la catastrophe » comme on se réconcilie sur l’oreiller (cf « Twister », par exemple). Pas de fausses alertes, non plus, artifice lourdaud utisé notamment dans « Le pic de Dante » pour faire patienter le spectateur jusqu’au drame. Tout est là pourtant, sous la surface, mais aucun effet n’est appuyé. Dans le même ordre d’idées, bien qu’extrêmement spectaculaire, la catastrophe, et surtout les actions des personnages durant cette dernière, restent crédibles. Pas de surenchère « à la Eymerich ». Attraper une main ou grimper sur un arbre deviennent des exploits ; pas la peine d’en rajouter. On pense encore une fois à Spielberg, à la fois dans la manière de faire monter la sauce (la feuille qui tremble sur la vitre rappelle le verre vibrant de Jurassic Park), de rester chevillé à hauteur d’homme en plein maëlstrom (le Soldat Ryan, la Guerre des Mondes), sans oublier les mouvements de caméra ascendants destinés à prendre la mesure du désastre ou découvrir une image iconique (figure imposée systématiquement ratée par Eymerich, à part, peut-être, dans le Patriote, malgré tous les violons du monde !). La première moitié du deuxième acte s’oriente donc vers le « survival », et elle est aussi éprouvante, à sa manière, que le raz-de-marée. Là encore, le traitement est subtil (fugitifs plans de blessures qui vous hantent longtemps) et brise les codes (on expédie le gimmick du chien, cliché des clichés, en un plan)... Ensuite, je ne sais pas si mon esprit critique était au préalable anesthésié par le choc et l’effet d’après-coup, mais, arrivé à la moitié du film, plusieurs choses ont commencé à me titiller et j’ai senti des « ficelles » apparaître alors que, à l’écran, le niveau de l’eau baissait. J’accepte sans difficulté l’ethnocentrisme du point de vue adopté : si l’on veut démontrer que notre petit confort/bonheur occidental est un truc fragile, un vernis illusoire qui peut vite être écaillé, voire réduit à néant (maladie, deuil, séparation, précarité, etc.), le choix de se fixer sur cette famille plutôt que des autochtones me paraît justifié. Ceci étant dit, j’ai trouvé que dans la figuration, les cadavres aperçus, les blessés à l’hopital, les orphelins, etc., le quota de « locaux » était extrêmement sous-évalué, même si l’action se déroule dans un « coin à touristes », j’entends bien (le village où l’héroïne et son fils sont recueillis semble, dans mon souvenir, miraculeusement peu touché, comme si le désastre avait frappé sélectivement). Je n’ai pas établi de comptabilité, bien sûr, mais cette désagréable impression a commencé à me faire « sortir du film ». Le clou a encore été enfoncé, par la suite, quand le réalisateur, jouant avec nos nerfs, étire à outrance la séquence des retrouvailles (la silhouette derrière le rideau, misère...) ou encore celle de l’opération chirurgicale (oui, oui, mort/renaissance, mue, j’ai compris). Dans ces cas là, j’ai à nouveau pensé à Spielberg, mais plutôt au goût amer que la scène des douches (« La liste de Schindler ») m’avait laissé (gazera ? Gazera pas ?). Des artifices de mise en scène et de story-telling, il y en a tout autant durant la première moitié du film, même et peut-être surtout dans la mise en place « carte postale », faussement anti-dramatique. Mais ces astuces sont alors parfaitement intégrées. Invisibles. Aurait-il fallu traiter les scènes incriminées avec cette même sobriété formelle pour avoir un film plus homogène ? Je ne sais pas. Là encore, c’est assez subjectif, mais j’ai eu l’impression de voir quelqu’un de talentueux tirer un peu trop sur la corde (quand la musique se fait envahissante, c’est mauvais signe) et cela m’a agacé... Par contre je ne comprends pas bien les critiques dénonçant un soit-disant « happy end » (spoiler), tant le rapatriement des héros baigne dans un climat de malaise patent. Occulter ce malaise relève-t-il d’une défense psychologique basique ? Pour cette famille, en effet, le vernis (évoqué plus haut) de la tranquillité d’esprit aura irrémédiablement cédé la place à une atroce lucidité : nous ne sommes pas grand chose ici bas. Avant d’avoir vécu un tel drame, on soupçonne cette vérité de manière confuse (les turbulences du début), théorique, mais une part de nous la cache sous le tapis, avec la poussière. Quant à stigmatiser l’ensemble de l’infâmant (pour certains, apparemment) label « hollywoodien », c’est oublier un peu vite que l’Espagne subit un tsunami économique (il est à nos portes, les amis !), « détail » qui me laisse à penser que l’origine du réalisateur et le succès de son oeuvre dans la pénisule ibérique ne relèvent en aucun cas du hasard ou de l’anecdote. Du fond, du savoir-faire... Toutes ses qualités me laissent à penser que le film aurait pu faire l’économie de quelques « facilités », dans sa seconde moitié. Il n’en demeure pas moins intéressant, marquant. Et donc, à voir.

 

A voir, également, « Argo », de Ben Affleck. Efficace mais sans surprise : on voit où ça va aller, et ça y va tout droit. Mais c’est bien fait, joué, photographié. Du plaisir, il y a !

 

J’ai été agréablement surpris par « Les cinq légendes ». Je n’avais pas aimé le graphisme de certains persos dans la bande-annonce (la fée des dents ou le lapin, bof bof...) mais le résultat est moins mièvre que ce que je redoutais. Il y a des trouvailles (les lutins), des détails amusants. J’ai passé plutôt un bon moment, même si les scènes d’action avec voltige à gogo ont fini par me saouler dans leur caractère répétitif, ouvertement assujetti à la 3D...

 

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08 novembre 2012

Vu (attention, spoilers dedans)

LOOPER, de Rian Johnson

 

Looper-Trailer-Previews

 

Fidèle à son rythme de croisière, Bruce Willis tourne un film intéressant tous les sept ou huit ans. C’est celui-ci. Donc, allez-y. Le pitch ? « L’armée des douze singes » (son film intéressant d’il y a, gulps, déjà dix-sept ans) rencontre « Terminator » rencontre, heu, disons « Witness », pour la partie « réfugions-nous à la campagne quand ça chauffe en ville »... 2074 : la mafia du futur se débarrasse de ses ennemis en les envoyant dans le passé (en 2044) où des tueurs à gages surnommés « Loopers » attendent les victimes pour les liquider sans laisser de traces. Là où ça se complique, c’est que les Loopers doivent également liquider leur double du futur si ce dernier n’a pas eu d’accident de voiture, de cancer, ou n’a pas essayé de changer l’ampoule de la salle de bains les pieds dans l’eau durant cet intervalle. Vous me suivez ? Evidemment, ce qui devait arriver arrive : le héros se retrouve face à lui-même, chauve et plus gros, et cette belle mécanique temporelle se grippe, car le vieux Bruce Willis a la ferme intention de tuer le chef de la mafia encore enfant (le « maître des pluies ») pour sauver la vie de sa copine, dans le futur... Mon est Seltzer. Alka Seltzer...

Acteurs solides (le face à face vieux-jeune, ça le fait, et puis surtout, il y a un gamin d’une justesse et d’une intensité hallucinantes !), SFX utilisés avec une louable parcimonie (à la Robocop, quoi : « quand on n’a pas (beaucoup) d’argent pour camper le futur, on a des idées »), réalisation efficace et maligne, parfois teigneuse, de l’humour, bref, pas mal de raisons de braver la froidure, la grisaille, payer sa place, etc.

Ceci étant dit, je reste un peu perplexe devant l’avalanche de louanges dont le film, et surtout son scénario, bénéficient... car ce dernier n’est pas exempt de facilités, loin s’en faut.

Le postulat de départ, par exemple. On envoie les victimes dans le passé pour, je cite, « éviter toute traçabilité »... M’ouais. Que vous conduisiez un pauvre type jusqu’à un bain d’acide ou à une machine à voyager dans le temps, dans les deux cas, la traçabilité reste la même avant la disparition pure et simple du corps, et la solution « bain d’acide » me paraît quand même nettement plus simple (cf Breaking Bad)...

Et pourquoi expédier les Loopers du futur à leur double et pas à un autre porte-flingues ? C’est le meilleur moyen de créer des interférences, non ? Tu m’étonnes que j’hésiterais à appuyer sur la détente si le gars en face de moi, malgré son sac sur la tête, parvenait à me faire comprendre que je suis sur le point de me tuer moi-même ! Ce défaut de scénar aurait pu être aisément contournable, à mon avis : du genre « erreur d’aiguillage qui envoie un Looper là où il n’aurait pas dû atterrir ». Ou plus simple encore : les Loopers ne sont pas au courant qu’ils doivent se tuer eux-mêmes (ça me semble également plus cohérent, psychologiquement parlant).

L’intrigue secondaire « pouvoirs télékinésiques » (en 2044, 15% des gens sont des Carrie en puissance) paraît greffée de manière assez artificielle sur le reste. Certes, cela donne des scènes à-la-« Akira » assez chouettes, dans le dernier acte, mais la ficelle ressemble à ce que Blake Snyder appelle le « double mumbo jumbo », à savoir que le public n’accepte que « one piece of magic » par film. Je dirais surtout que le thème du voyage temporel et celui des pouvoirs psy ne se marient pas harmonieusement dans le cas présent. Peut-être aurait-il fallu que le pouvoir de voyager dans le temps soit justement celui du « maître des pluies », ce qui aurait légitimé la facilité avec laquelle la mafia utilise ce tour de passe-passe ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu’il y a un truc qui coince un peu, à ce niveau, pour moi...

Autre facilité : la manière dont Bruce Willis vieux reçoit les coordonnées qui le mèneront au « maître des pluies » dans le passé. Un coup de fil rapide, une suite de chiffres... Qui est l’auteur du coup de fil ? Comment il a eu la suite de chiffres ? Il vaut mieux ne pas trop se pencher sur la question, j’ai l’impression. Et d’un point de vue psychologique, il n’y a rien qui vous choque ? Willis est prêt à buter trois gosses, dont deux 100% innocents, pour sauver la femme qui lui a soit-disant ouvert les yeux sur le vrai sens de la vie et tout ça ? Super, la rédemption. Pas sûr que sa compagne du futur soit très contente de le voir agir ainsi, mais bon, admettons, il est bouleversé, perdu, ok. Le hic, c’est que, au milieu du film, quand il tue l’un des trois kids (point de non retour), on perd notre « pôle d’identification » (enfin, moi, j’ai du mal, perso). Son double jeune étant encore dans sa phase « chien fou », c’est à dire n’ayant pas encore terminé sa courbe, on se retrouve en tant que spectateur en plein flottement pendant quelques scènes, comme un cosmonaute entre deux planètes mais hors de tout champ d’attraction « identificatoire »...

Facilité, encore, la façon dont Willis vieux règle le problème du gang lancé à ses trousses : il flingue tout le monde en deux minutes. Voilà. Il suffisait d’y penser. Pour le coup, on se croirait vraiment remonté trente ans en arrière, dans ces films où Swharzie et Stallone dessoudaient des dizaines de figurants interchangeables à la mitrailleuse... Bon...

Et puis il y a un truc que je n’ai pas compris (mais peut-être que quelqu’un pourra me l’expliquer ?). Il existe bien une branche du temps où Willis vieux se fait buter par Willis jeune, et ce dernier vieillit, fait des conneries, rencontre sa femme, puis se fait expédier dans le passé pour boucler la boucle. C’est bien cette espèce de parenthèse qu’on nous présente au tiers du film ? Donc, dans cette branche du futur, Willis vieux n’a pas tué la maman du « maître des pluies » (puisqu’il est mort, zigouillé par lui-même), ce qui n’a pas empêché le gamin de basculer du côté obscur en grandissant. Donc, Willis jeune se sacrifie pour rien à la fin, non ? Ce qui serait tout de même, vous en conviendrez, extrêmement ballot...

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02 novembre 2012

Un site à suivre...

Le site d'une amie bibliothécaire, pour tout savoir de l'actu "Littérature jeunesse" :

http://takalirsa.jimdo.com/

 

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