HUNGER GAMES, de Gary Ross

Hunger-Games-3-594x395Voilà un long-métrage qui valide une équation finalement assez simple : un bon livre bien adapté donne un bon film. Vous connaissez tous le pitch, à présent, à moins d’avoir passé les derniers mois dans une yourte en Mongolie : futur proche, dictature, télé-réalité, ados gladiateurs, etc. HUNGER GAMES est le dernier rejeton de la longue descendance issue du MOST DANGEROUS GAME / CHASSES DU COMTE ZAROFF (1924, quand même), lignée comprenant MARCHE OU CREVE (mon préféré), THE RUNNING MAN, ROLLERBALL, LE PRIX DU DANGER ou encore BATTLE ROYALE. Si les trois premières oeuvres (auxquelles on pourrait rajouter LA COURSE A LA MORT DE L’AN 2000) décrivaient des sociétés en crise réclamant « du pain (panem !) et des jeux », la dernière parlait plutôt de crise morale, la justification de la tuerie étant « nous allons mater une jeunesse insolente et rebelle » (je n’ai jamais trouvé ce point de départ crédible, personnellement). L’originalité de HUNGER GAMES est donc de miser à fond sur la carte de la dictature, avec son pouvoir centralisé et ses districts connexes. Le motif de l’arène apparaît ainsi dans la prémisse : chaque district est déjà une arène en soi, enceinte où on lutte pour sa survie avant même d’être « moissonné ». Le film démarre dans le district 12, celui de l’héroïne, filmé en longue focale, caméra à l’épaule. Univers instable, étouffant. Ce parti-pris de mise en scène rappelle, dans la forme, certaines séries de HBO et on est presque obligé de se pincer pour se rappeler qu’on est bien dans un blockbuster estampillé « ados ». La caméra se stabilise en toute logique lors des séquences se déroulant au Capitole, univers dont le kitsch assumé se justifie par la nécessité de créer une opposition stylistique entre les deux mondes (contrairement au 5ème ELEMENT, où le look « à la Jean-Paul Gaultier » constituait l’unique et navrant mètre étalon en matière de direction artistique). La scène du défilé est particulièrement réussie, à ce niveau là. Nouveau changement d’ambiance à la moitié du film (point de non-retour), lorsque les fameux jeux démarrent. Force est de constater que la violence n’est pas glorifiée : dès le premier affrontement, le montage ne s’attarde pas sur les morts et le sang, à peine visibles entre deux recadrages épileptiques. Parti-pris louable qui évite l’écueil du voyeurisme mais a également sa contrepartie : on n’est pas choqué, viscéralement, et donc, d’une certaine manière, on a moins peur pour la suite. On sait que ça va rester « soft » (pressentiment qui se confirme lorsque, quelques minutes plus tard, un personnage transpercé par une lance, meurt tout doucement, paisiblement, sans AUCUNE grimace de douleur !). Transmettre de l’intensité sans tomber dans le gore est très difficile. Spielberg a relevé le défi haut la main dans CHEVAL DE GUERRE. Ici, c’est moins évident. Le réalisateur Gary Ross semble plus à l’aise dans les scènes de poursuite (les boules de feu) ou de suspense (le nid de guêpes, les mines autour de la corne d’abondance...) que dans le corps à corps pur et dur. Les acteurs ? Jennifer Lawrence s'impose assez rapidement en Diane chasseresse Jr. Pas grand chose à dire sur les deux garçons. Il font le boulot correctement, tout comme les guest-stars (Kravitz et Harrelson). J’ai bien aimé le présentateur du show, même s’il ne fait pas oublier la géniale prestation de Michel Piccoli dans LE PRIX DU DANGER. Les apartés « hors arène » élargissent de manière intelligente la tapisserie initiale du livre et préparent la suite, car suite il y aura, n’en doutons pas (152 millions de dollars de recettes lors du premier week-end d’exploitation, gulps). Si vous avez aimé, j’en profite pour vous suggérer de lire, sur un sujet similaire, LE DOS AU MUR : j’en ai vendu à peu près 5000 fois moins qu’HUNGER GAMES, mais j’ai la faiblesse de croire qu’il n’est pas 5000 fois moins bon.

titanicvegaspapa maman

Quant à mon actualité à moi qui est la mienne, TITANIC 2012 ressort ce mois-ci chez Gründ dans une version revue et corrigée, et VEGAS MYTHO ressort chez Pocket... dans une version identique au grand format mais moins chère, poche oblige. N’oublions PAPA, MAMAN, MON CLONE ET MOI, mini-soon paru en janvier, ainsi que les deux premiers tomes de la série RAHAN et le huitième de la série CARTOUCHE, chez Bayard. Prochaine sortie : SWING A BERLIN (toujours chez Bayard), en juin. J’ai vu la couv’ en avant-première ; elle est très chouette. Je vous parlerai des projets en cours une autre fois.

En prime, le montage du petit film « made in Britain » évoqué dans ces mêmes colonnes il y a, hum, quelques mois (oui, je sais, la mise à jour de ce blog est, comment dire... épisodique) :

http://www.youtube.com/watch?v=VhB6r8ttBxI&feature=youtu.be